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Feu l’affaire du Carlton de Lille

Chroniques judiciaires - Pascale Robert-Diard, 12/06/2015

De trois ans d'instruction, de milliers de procès-verbaux et de réquisitions téléphoniques, de centaines d'heures d'audition et des deux cent dix pages de l'ordonnance signée des juges d'instruction qui renvoyait quatorze prévenus devant le tribunal correctionnel, dont l'ancien directeur général … Continuer la lecture

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De trois ans d'instruction, de milliers de procès-verbaux et de réquisitions téléphoniques, de centaines d'heures d'audition et des deux cent dix pages de l'ordonnance signée des juges d'instruction qui renvoyait quatorze prévenus devant le tribunal correctionnel, dont l'ancien directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn, pour répondre du délit de proxénétisme aggravé, il ne reste donc rien ou presque ce vendredi 12 juin.

Un seul prévenu, René Kojfer, « triste sire » et « ami de tout le monde » à Lille, qui se donnait une forme de reconnaissance sociale en mettant en relation ses amis hommes avec des prostituées, a été condamné à une peine de un an avec sursis pour le seul délit de proxénétisme — sans sa circonstance aggravante. Et des peines de six mois avec sursis au maximum ont été prononcées contre deux des prévenus, David Roquet et Fabrice Paszkowski, pour les seuls délits financiers commis au préjudice de leur entreprise.

Ce naufrage de l'instruction avait déjà été annoncé par le procureur Frédéric Fèvre, qui, le 17 février, avait requis plusieurs relaxes, dont celle de Dominique Strauss-Kahn, en rappelant que les juges travaillent « avec le code pénal pas avec le code moral »  et qu'il leur appartient « de ne condamner que sur des preuves et non sur une intime conviction ». 

A cet égard, le jugement lu par le président Bernard Lemaire à l'audience prend l'exact contrepied de l'ordonnance de renvoi. Pas un attendu qui ne critique, là une approximation juridique — faits prescrits, défaut d'identité de certaines plaignantes, erreurs dans la rédaction des qualifications — ailleurs une « appréciation subjective » des juges.

Les déclarations accusatoires des prostituées étaient élevées dans l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel au rang de quasi-preuves, le tribunal relève d'abord leurs « contradictions » et leur « fragilité ».  Pour les magistrats instructeurs, les goût sexuels — notamment la pratique de  la sodomie —, la notoriété et les fonctions de Dominique Strauss-Kahn faisaient qu'il « ne pouvait ignorer » le statut de prostituées de ses partenaires sexuelles. Le tribunal répond point par point le contraire : « En tout état de cause, sa connaissance de leurs activités réelles ne peut résulter de ses pratiques sexuelles ou de ses fonctions au FMI. » Dominique Strauss-Kahn était présenté comme « l'instigateur et le principal bénéficiaire » des soirées organisées. Non, dit le jugement, en soulignant que l'on ne saurait lui « imputer un rôle d’instigateur au vu des trente-cinq SMS qu’il a échangés [avec son ami Fabrice Paszkowski] sur une période de vingt-deux mois, et dont le style employé peut s’expliquer par les liens d’amitié très proches et incontestables qui les rattachent. Que sauf à leur donner une interprétation subjective, ils ne mettent pas en exergue une fourniture d’instruction mais des commentaires sur des sorties et des questions réponses sur la disponibilité du prévenu ». En conséquence, soulignent les juges, l'ancien directeur général du FMI a « donc eu un comportement de client, non répréhensible par la loi pénale ».

Dominique Strauss-Kahn se lève sans un mot, quitte la salle d'audience par une porte dérobée, pour échapper aux micros et aux caméras. On repense à cette phrase du procureur : « Sans ce prévenu, cette affaire aurait été jugée depuis bien longtemps, dans l'indifférence générale, comme toutes les autres affaires de proxénétisme que nous jugeons chaque année au tribunal de Lille. »


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