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Les enfants roms : ne pas rompre le fil de l’école

Droits des enfants - jprosen, 21/10/2012

Les expulsions de camps « roms » se multiplient à la demande des propriétaires, des voisins ou des communes, pour obéir à une décision de justice ou administrative. Le souci de l’ordre public est souvent invoqué. Même si des précautions sont prises … Continuer la lecture

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Les expulsions de camps « roms » se multiplient à la demande des propriétaires, des voisins ou des communes, pour obéir à une décision de justice ou administrative. Le souci de l’ordre public est souvent invoqué. Même si des précautions sont prises la violence est extrême. On ne peut qu’être révulsé de voir ces misérables cahutes de bois ou des roulottes souvent incapables de rouler être détruites, souvent broyées à coups de pelleteuses. Ces gens démunis sont privés du peu qu’ils avaient quand ce ne sont pas des documents essentiels pour eux comme le livret de famille ou le carnet de santé qui disparaissent. Dans un débat organisé par Libération au Palais de Chaillot, Aline Archambault, sénatrice de la Seine Saint-Denis mobilisée sur la question rom, avançait ce samedi qu’en moyenne chaque rom vit 9 expulsions par an ! Aujourd’hui, les concernant, on peut y parler de nomadisme contraint plus que souhaité.

On en oublierait que ce sont pas seulement des adultes dans  la force de l’âge qui sont visés, mais des familles. Ce sont donc des enfants et des personnes âgées qui vivent traumatismes sur traumatismes. Certes on s’habitue à tout, mais il y a des limites. Je ne suis par certain - doux euphémisme – que ces conditions de vie hautement précaires et régulièrement bouleversées soient les meilleures pour l’entrée dans la vie !

Certaines expulsions sont publiquement justifiées par des conditions de vie dangereuses pour les enfants : proximité de voies ferrées ou autoroutières. Mais renvoyer ces enfants sur les routes à la recherche d’un nouveau point de chute généralement encore plus préoccupant n‘est-ce pas de la part des pouvoirs publics une mise en situation de danger de nature un jour à engager une responsabilité civile sinon pénale ? Il est rare qu’on imagine protéger les enfants en les confiant à  l’aide sociale à l‘enfance locale come on le fait régulièrement pour des familles qui perdent leur logement !!! Je ne dis pas qu’on devrait le faire, mais il est ici évident que pour les pouvoirs publics les conditions de vie matérielles sont secondaires. En d’autres termes on n’est pas à une contradiction près.

Sans faire de procès à quiconque – se serait tellement facile de pointer les méchants pour se dégager de toute responsabilité ! - constatons que nous sommes dans l’hypocrisie absolue. Dans la communauté rom, dont on nous dit qu’elle compterait 500 000 personnes – il y a ces familles venues de l’est de l’Europe – Roumanie et Bulgarie notamment – qui vivent dans des conditions très difficiles, généralement dans l’impossibilité de trouver du travail sur la liste des emplois ouverts, dans le délai légal de 3 mois. La France comme d’autres pays européens n’a qu’un souci : qu’elles rejoignent leur terre d’origine sachant, en tous cas pour la Roumanie, là encore euphémisme, qu’elles n’y sont pas les bienvenues.

Il ne faut pas se cacher que la communauté rom suscite de longue date, ici comme ailleurs, le rejet pour ne pas parler de racisme. Elle devrait d’ailleurs s’interroger sur ses propres responsabilités. Elle est assimilée à la délinquance de certains de ses membres. Une minorité certes, mais singulièrement préoccupante. Je peux en témoigner comme juge des enfants en Seine Saint-Denis. Ce n’est pas insulter la communauté que d’avancer que les cambriolages dont nous avons à connaître– je ne parle pas de casses de banques ou de bijouterie - sont quasiment le fait de jeunes roms - garçons ou filles. D’ailleurs, je demande systématiquement à ceux de ces jeunes que je reçois sur déferement au sortir de la garde à vue s’ils se revendiquent comme roms et généralement ils acquiescent. Je n’apprendrai rien en avançant aussi que ces jeunes sont les petites mains d’une industrie du cambriolage ou du dépouillage de touristes comme il y a un busines de la drogue animé par d’autres mafiosos; il y a des roms mafieux comme il y a des mafieux corses, marseillais ou parisiens.

Force est ici d’observer que la justice – procureur, juge des enfants et éducateurs – n’en peuvent mais devant cette délinquance. Les démarches éducatives glissent comme de l’eau sur les plumes d’un canard et même la proposition d’aide – par exemple apprendre à lire et écrire pour ensuite passer le permis de conduire – n’éveille aucun écho chez des jeunes qui sont pris dans une obligation de loyauté, parfois gagée par la violence. On est parfois pas loin de la traite humaine. Il faudrait pouvoir remonter plus souvent que cela n’est fait ces filières mafieuses.

Reste qu’on ne doit pas assimiler tous les enfants roms aux enfants voleurs, pas plus qu’on ne doit tenir toute la communauté rom pour une population délinquante. Il faut le dire haut et fort.

Il y a maintenant une trentaine d’années on formait l’espoir que la communauté fasse sa propre police en se désolidarisant de ceux qui lui donne cette image négative. On est loin du compte.

Aujourd’hui on s’attache de plus en plus à jouer la carte de la scolarisation des enfants qui n’est pas aisée notamment pour les filles. Les résistances peuvent être fortes de la part de parents qui craignent l’influence négative sur leurs enfants des autres enfants au regard des valeurs de la communauté. Ainsi il y a peu j’ai vu des parents sédentarisés accepter la scolarisation de leurs enfants, mais les retirer de l’école à 12 ans pour éviter cette corruption.

A y regarder de près on devrait retrouver ici les mêmes résistances que celles rencontrées avec notre paysannerie français en 1881 quand la scolarité fut rendue obligatoire.

Il faudrait ajouter que d’autres résistances existent du coté des communes sinon des écoles pour accueillir les enfants roms à l’école de la République ;

En tous ces, et les exemples ne manquent pas, rapportés par les associations engagées auprès des populations des camps roms d’enfants suivis de près par la Protection maternelle et infantile, puis scolarisés malgré ces résistances

Alors je comprends la rage que certains peuvent ressentir en voyant réduits à néant de quelques coups de pelleteuses des mois et des années d’efforts d’intégration ou d’insertion, peu importe le mot, Tout simplement, on bafoue le droit fondamental de tout enfant d’être scolarisé pour avoir une chance d’échapper à des conditions de vie précaires et de pouvoir avoir prise sur son destin et décider de son sort. A défaut l’avenir est inscrit dans le passé pour les garçons comme pour les filles et … pour leurs enfants à venir.

Aucune fermeture de camp ne devrait s’opérer sans que l’on ait fait l’inventaire préalable des situations des familles présentes, spécialement de la scolarisation des enfants. Non seulement il faut offrir à ces familles un lieu aménagé où se poser dignement – et le moins qu’on puisse dire est que l’on est loin du compte -, mais aussi avoir le souci de ce continuum scolaire comme pour n’importe quel autre enfant.

On est typiquement sur une problématique qui ne peut pas se résoudre d’un coup de baguette magique. Il faudra du temps et des étapes intermédiaires pour atteindre un équilibre relativement satisfaisant, qui ne nous mette pas dans des contradictions majeures comme c’est le cas aujourd’hui.

Des pistes intéressantes émergent aujourd’hui ; Ainsi des communes proposent à des familles un relogement dans des logement intermédiaires et corrects – des bungalows - pour aller dans les deux ans vers un logement classique dont le coût sera supporté par la famille comme n’importe quelle autre famille si les parents peuvent accéder à l’emploi. Une goutte d’eau certes, mais qui démontre que pour une grande partie de la communauté qui cherche à se sédentariser rien n’est impossible.

En tout état de cause la scolarisation doit être un objectif majeur et tout doit être fait pour ne pas le remettre en cause. Elle associe les enfants et les adultes à un projet de vie ; elle est porteuse d’avenir et d’espoir. Il faut le rappeler avec vigueur. Ne cassons pas les quelques fils qui relient la communauté à l'ensemble du peuple de France.


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