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Pour la gauche, ce n'est pas Toubon !

Justice au singulier - philippe.bilger, 20/06/2014

Jacques Toubon a du courage. Pour avoir si peu d'amour-propre, il faut être bien sûr de soi. Face à ceux qui chipotent et protestent, devant tant de réticences et de condescendance, pour une gauche qui refuse que ce soit Toubon, il y a bien longtemps si j'étais lui que j'aurais jeté l'éponge en laissant ce triste camp, ce clan suffisant, à une autarcie qui les rassure mais fait peur aux Français.

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On peut n'avoir pas été enthousiasmé par Jacques Toubon comme garde des Sceaux et être moins fasciné que lui par l'art moderne avec cette touche de snobisme qui fait la modernité à la parisienne et trouver tout de même lamentable la polémique humiliante dont il est victime.

Je n'oublie pas cependant qu'il a été l'initiateur de la seule loi qui a cherché à défendre véritablement la langue française. Et ce n'est pas rien dans une France où elle se dégrade, s'appauvrit. C'est un bout de civilisation qu'il a tenté de sauvegarder.

Certes, je lui préférerais d'autres défenseurs que par exemple Gabriel Matzneff. Il y a des avocats dont on se passerait.

Sur le fond, Jacques Toubon serait-il une telle catastrophe en occupant la fonction prestigieuse de Défenseur des droits ? et les parlementaires PS, dont la tolérance n'est pas le fort, ont-ils raison de "tenter de lui barrer la route"(Le Monde) ? Même des ministres renâcleraient (Le Parisien) !

Il paraît que Jacques Toubon avait fait part au président de la République de son intérêt pour ce poste.

Ce qui n'avait pas empêché ce dernier de le proposer d'abord à Christiane Taubira puis à Jean-Louis Borloo. Les deux ont refusé cette charge, cet honneur. La première, qui aurait été parfaite avec son verbe et aucune obligation d'action, sans doute échaudée par les controverses ayant altéré directement ou indirectement son image - Jean-François Boutet, Sihem Souid, les 22 chauffeurs pour 19 conseillers démontrant que la seule contrainte acceptable pour elle est la pénale -, a décliné. Qu'attend-elle de l'avenir ?

Qu'impute-t-on précisément à Jacques Toubon pour lui dénier toute légitimité dans "la défense des droits" ?

"Son profil de représentant de la chiraquie tendance Pasqua ; ses positions conservatrices sur la dépénalisation de l'homosexualité notamment... et sa conception minimaliste de l'indépendance du parquet..."

Sur le deuxième point, il faudrait rappeler à la gauche qu'elle n'est pas obligée d'imiter Pierre Bergé pour qui le critère exclusif de la qualité humaine est de soutenir de manière éperdue la cause de l'homosexualité. Pour moi ce n'est jamais qu'un point de vue, pas une obligation éthique.

Plus globalement, quelle étrange conception de la vie intellectuelle et politique que celle qui prétend récuser un possible et honorable Défenseur des droits parce que, dans son passé, il n'aurait pas toujours eu le comportement et les orientations qui ne sont pas imposés par la morale et la vérité mais seulement par une idéologie discutable quoique persuadée de la validité de ses choix.

Qui peut avoir l'arrogance de se présenter, tout au long, comme exemplaire ? Quel parti peut se prétendre impeccable au point de jeter la pierre à une personnalité parce qu'elle aurait dévié, à tel ou tel moment, d'une ligne décrétée droite ? Quel épouvantable sectarisme que cette présomption !

Je crains le pire pour Jacques Toubon même si l'UMP va ne pas mégoter un soutien sans doute unanime. Il a déclaré ne pas avoir l'intention de se désister, pour permettre au processus parlementaire d'aller jusqu'à son terme avec la majorité qualifiée qu'il nécessite pour l'agrément.

Il est patent qu'aujourd'hui le président de la République ne dispose plus de la moindre autorité sur des troupes de plus en plus critiques voire hostiles à la politique menée par un chef de l'Etat et un Premier ministre qui reculent, biaisent, louvoient et, pour l'instant, échouent. Le volontarisme du verbe est impuissant.

Je ne suis pas loin de considérer que Jacques Toubon est rejeté moins à cause de lui-même que parce qu'il est proposé par ce président infiniment contesté s'abandonnant, il est vrai, à une ouverture boiteuse, aussi peu plausible qu'hier celle des ralliés à Nicolas Sarkozy.

Jacques Toubon a du courage. Pour avoir si peu d'amour-propre, il faut être bien sûr de soi. Face à ceux qui chipotent et protestent, devant tant de réticences et de condescendance, pour une gauche qui refuse que ce soit Toubon, il y a bien longtemps si j'étais lui que j'aurais jeté l'éponge en laissant ce triste camp, ce clan suffisant, à une autarcie qui les rassure mais fait peur aux Français.


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