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Zidane frappe encore

Justice au singulier - philippe.bilger, 24/10/2012

La leçon à tirer réside sans doute dans cette incohérence et cette confusion. Elle met en exergue, pour ceux qui pourraient encore en douter, le délitement des choix, le désordre et la fantaisie des hiérarchisations, la banalisation de la création et l'absurdité des décrets culturels et politiques. Zidane a encore frappé.

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Il y a des réalités minimes qui, pour peu qu'on en tire le fil et qu'on les appréhende sous toutes leurs facettes, signifient beaucoup sur notre société.

Une statue représentant Zinedine Zidane portant un coup de tête à Marco Materazzi a été installée devant le Centre Pompidou.

L'auteur de cette oeuvre - un épisode fameux et lamentable à la fin d'un match de football, en 2006 - se nomme Adel Abdessemed.

Dans une lettre ouverte adressée à l'ancien sportif, une trentaine de signataires, dont plusieurs présidents de districts de football français, l'ont invité à demander le retrait de cette statue. Ils considèrent qu'elle "met en scène le geste le plus regrettable de son immense carrière" et déplorent "l'utilisation négative de son image" (Le Parisien).

Le président du Centre Pompidou, Alain Seban, s'est déclaré "choqué par cet "appel à la censure".

Une série de questions.

Dans quelle tête a germé l'idée ridicule d'une telle représentation ? Un tel événement à la fois sportif, indécent, violent, totalement négatif, dérisoire enfin en dépit de la rumeur médiatique qui a suivi, méritait-t-il d'être ainsi façonné avec je ne sais quelle matière ? Je devine les réactions outragées de ceux pour qui l'art n'a pour finalité que de se rapprocher le plus possible du réel, en le choisissant dans son insignifiance, si j'ose le terme, la plus achevée, la plus terne.

Adel Abdessemed est-il responsable d'avoir formé un concept aussi vain et de l'avoir incarné ou quelqu'un lui a-t-il commandé cette exécution ? Un tiers est-il impliqué dans cette navrante affaire ? Zidane, qui a évidemment été tenu informé, a-t-il trempé dans cette aventure et de l'argent a-t-il été dépensé ? Par qui, pour qui, combien ?

Quel service a décidé d'installer cette oeuvre si peu représentative de notre histoire et de notre culture devant le Centre Pompidou ? Comment, en ce lieu tellement fréquenté et, pour l'étranger, assez emblématique de la France, avoir pris le parti d'offrir aux regards cette triste et prosaïque échauffourée même si Zidane, je l'admets, a fait beaucoup pour faire connaître avec ses pieds et ses dribbles magiques notre pays ?

Comment Alain Seban, que je sais intelligent et respecté dans le domaine de l'art, ose-t-il évoquer "un appel à la censure" devant ce courrier plein de bon sens adressé à Zidane et qui vise à réparer rétrospectivement plusieurs aberrations ? La censure est une interdiction trop grave, un étouffement trop extrême pour être ainsi mise à toutes les sauces et exploitée à toutes les fins. Enlever la statue de cet endroit ne serait pas "censurer" quiconque mais montrer qu'on a recouvré le sens des choses, de l'art et de l'allure.

Tout cela laisse pantois.

La leçon à tirer se trouve sans doute au coeur de cette incohérence et de cette confusion. Elle met en exergue, pour ceux qui pourraient encore en douter, le délitement des choix, le désordre et la fantaisie des hiérarchisations, la banalisation de la création et l'absurdité des décrets culturels et politiques.

Zidane a encore frappé.


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