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Une victoire, c'est tout !

Justice au singulier - philippe.bilger, 21/11/2013

Pour finir, une note non pas rabat-joie mais rétablissant les perspectives. Une victoire certes, mais le destin de la France ne doit pas être seulement accroché aux crampons de nos champions d'un soir. Quel que soit leur avenir au Brésil. La politique de la France ne se joue pas au stade de France ; pas plus, je l'espère, qu'à la corbeille.

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L'équipe de France de foot ira au Brésil.

Après sa défaite calamiteuse à Kiev, beaucoup étaient la proie de cet étrange et délicieux mélange où une faible espérance de miracle accompagne, pour l'essentiel, un réalisme pessimiste.

Pourtant, les joueurs français ont réussi l'exploit de l'emporter par 3 à 0 au stade de France alors qu'on ne donnait pas cher de leur peau de sportifs avec deux buts à remonter (L'Equipe, LCI, Le Monde, Le Figaro, TF1).

Laissons de côté les maniaques du complot parmi lesquels des intellectuels malades à force de ne jamais être capables d'enthousiasme pour ne pas être dupes. Il n'y a pas eu de magouilles, de triche et de corruption.

Négligeons les commentaires de Raymond Domenech qui ne s'en remet pas d'avoir été une catastrophe et, surtout, de ne pouvoir accabler Didier Deschamps. Alors, juste, ce bémol inutile sur le fait que la France préparerait plutôt le championnat d'Europe en 2016 chez elle que la Coupe du monde au Brésil ! Une aigre et prétendue lucidité de frustré (Europe 1) !

Il y a eu tout simplement un autre match, une autre envie, un élan énorme et constant, un autre système de jeu, trois joueurs capitaux en plus : Sakho, Cabaye et Valbuena.

Il y a eu l'extrême intelligence humaine et tactique d'un grand entraîneur qui a toujours eu la culture de "la gagne" et a su, devant l'échec annoncé, changer ses plans et se remettre en cause.

Il y a eu l'immense et solidaire stade de France qui a chauffé à blanc, bien avant le début de la compétition, une équipe de France qui a attiré la sympathie et suscité l'adhésion grâce à un comportement radicalement différent : avant, pendant et après la victoire. On a même vu Benzema sourire, être apparemment heureux. Pour une fois, ils n'ont pas traité le public comme s'ils lui faisaient un cadeau mais au contraire comme s'ils en recevaient un de lui - ce qui devrait être la norme dans un monde où l'enjeu ne devrait pas exclure l'urbanité collective.

Tout, par rapport à Kiev, s'était métamorphosé et on ne pouvait que féliciter le foot de n'être pas une science exacte.

Le président de la République qui était présent - il a été avisé, cette fois, de ne pas écouter ses conseillers et il aurait dû leur faire confiance quand les mêmes avaient cherché à le dissuader d'intervenir publiquement pour l'affaire Leonarda -, questionné à la fin du match, a filé la métaphore et tout le monde a compris qu'il nous invitait à induire de cette allégresse collective d'autant plus exaltée qu'elle était peu annoncée - et surtout pas par Tapie qui s'est complètement "planté" en considérant de surcroît qu'il y avait "des imbéciles" dans cette équipe - une conclusion optimiste pour le pouvoir, sa gestion et sa politique.

C'était aller vite en besogne. Le sport n'est pas une politique et celle-ci n'est pas du sport. Peut-être, au fond, François Hollande, s'il désire à toute force faire se téléscoper ces deux univers, devrait-il, par un bienfaisant mimétisme, s'examiner, modifier sa méthode, s'interroger sur son cap, questionner ses arbitrages ou, parfois, ses immobilismes subtils et prudents, faire appel à un autre gouvernement, remplacer les mauvais ministres par de meilleurs et présider non plus sous l'égide d'un socialisme peu convaincant mais dans l'intérêt de tous. Lui prétend en rester à Kiev quand Didier Deschamps a accompli vite la mue pour le match retour.

Nous avons tous été le 19 au soir "des footballeurs français" et notre joie à aucun moment ne m'est apparue ridicule ni outrancière.

Mais tout de même, ce n'est que du foot et une victoire et je ne suis pas suffisamment attentif aux résultats de TF1 pour me réjouir également sur ce plan.

Le danger serait de tomber dans une forme de condescendance, que j'ai parfois perçue ici ou là, qui s'émerveillerait parce que nos footballeurs savent marquer des buts, avoir le privilège souriant, nouer des relations convenables avec les journalistes et ne pas mépriser leur prochain. Cette manière d'être surpris par des attitudes évidemment banales et attendues au quotidien manifeste à quel point l'équipe de France avait touché le fond.

Depuis l'épisode déplorable de Knysna, on le sait.

A partir de cette catastrophe, on n'a plus jamais tenu compte des efforts de certains joueurs, de la repentance d'autres et de la bonne volonté de la plupart. On les a toujours présumés coupables alors que pour certaines polémiques - à l'égard d'Houiller, de Ménès et autres - ils n'avaient pas totalement tort.

Cette qualification pour le Brésil avec une équipe renouvelée sur tous les plans, humain, psychologique, relationnel et technique aura sans doute le mérite, enfin, d'influencer favorablement la vision et la perception de l'opinion publique - en tout cas de cette multitude de vrais sportifs et de sportifs en chambre qui se croient, dans leur for intérieur, habilités aimablement à donner des conseils à Didier Deschamps. Dans beaucoup de Français il y a un sélectionneur qui sommeille. Quand je constate l'arrogance et la pauvreté de beaucoup de spécialistes, je bénis, contrairement à Pierre Ménès, la survenue, dans le monde du foot, de la parole des non spécialistes. Sûrement moins d'un savoir souvent inutile, mais plus de vista et de bon sens.

Pour finir, une note non pas rabat-joie mais rétablissant les perspectives. Une victoire certes, mais le destin de la France ne doit pas être seulement accroché aux crampons de nos champions d'un soir. Quel que soit leur avenir au Brésil.

La politique de la France ne se joue pas au stade de France pas plus, je l'espère, qu'à la corbeille.


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