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Le président Macron, un kamikaze médiatique ?

Justice au Singulier - philippe.bilger, 23/09/2017

Emmanuel Macron déplore que "depuis quatre mois, dans un système totalement narcissique, on ne s'intéresse qu'à ses silences et à ses dires¨". Comme il lui sera impossible de verrouiller l'exigence de diffusion et de contrôle dont la démocratie a confié la charge à des médias responsables - je regrette toujours la privatisation de l'intimité du couple aux bons soins de Mimi Marchand -, restera à espérer que ses coups de boutoir seront bénéfiques et son réquisitoire courageux et lucide convaincant. Et qu'il ne tombera pas, comme un kamikaze médiatique, au champ d'honneur.

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Il y a d'abord eu la volonté théorisée, de la part du nouveau président de la République, de dispenser une parole rare, donc de moins se soumettre aux sollicitations médiatiques afin de redonner un peu de hauteur et d'allure à une République qui s'était vautrée dans des commentaires indécents et permanents avec François Hollande.

En dépit d'un entretien substantiel donné à un hebdomadaire, Emmanuel Macron a respecté à peu près cette ligne de réserve ou plus exactement de médiatisation contrôlée. Ce ne sont plus les médias qui imposent leurs règles mais la présidence qui aspire à imposer les siennes.

On peut bien sûr relever, au cours de tel ou tel déplacement, des réponses rapides offertes à la volée à des journalistes curieux et accrocheurs mais le processus, pour l'essentiel, demeure celui d'un verbe retenu au grand dam de médias privés d'une nourriture à laquelle ils étaient accoutumés et qui, à cause de cette pénurie, se voient réduits à disserter sur de l'insignifiant, de l'anecdote ou sur la communication du président.

Ces dernières semaines, il me semble qu'Emmanuel Macron est allé plus loin et qu'il ne s'est plus contenté de s'économiser sur le plan médiatique. Il combat dorénavant vigoureusement le système médiatique lui-même, en tout cas pour les informations et les analyses politiques. A tel point que je suis effaré par son courage intellectuel qui n'est pas loin de ressembler à une pulsion suicidaire faisant de lui, en effet, un kamikaze. Mais en pleine conscience.

On a parfois connu, de la part de certains responsables de partis ou d'un président comme Nicolas Sarkozy, des envies d'empoignade, des affrontements avec des journalistes, des mises en cause sur la plus ou moins grande pertinence des questions, et pour le moins des réactions agacées.

Par exemple, il y a quelques jours, Jean-Luc Mélenchon n'était pas loin de perdre son sang-froid face à la tenace et courtoise Elizabeth Martichoux (RTL). Il lui est arrivé également de dénoncer les médias parce qu'ils ne lui donnaient pas la place que sa cause auraient méritée ou qu'ils rapportaient mal ses propos.

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Il me semble toutefois que le président de la République a ouvert un front original qui dépasse de très loin les récriminations ponctuelles. Il ne s'en prend pas à la manière dont les médias transmettent le message. Il les vise eux-mêmes et les pourfend dans leur globalité et leur autarcie. Bien plus que leur manière de faire, il accable leur être en tout cas dans son état actuel.

Quand il évoque cette obsession de la "communication" s'occupant d'elle-même "de manière circulaire", reproche aux journalistes de ne parler que "d'eux... de s'intéresser trop à eux-mêmes et pas assez au pays... de ne traiter que des problèmes de communication et des problèmes de journalistes...d'être totalement narcissiques..." en tournant en dérision à New York une journaliste française incapable "d'une question de fond", il sort des chemins traditionnels de la controverse entre les pouvoirs et le monde de l'information. Il cible de plein fouet un univers renvoyé durement à son inaptitude à échapper à l'entre-soi (Huffington Post).

Ces attaques systématiques révèlent qu'il y a là bien plus que des mouvements d'humeur mais le souci de modifier le rapport de force et, dans cette lutte, de gagner.

Le président de la République n'a pas peur. Je crains qu'il ne sous-estime la puissance de nuisance d'une machine qui n'aime rien tant qu'être flattée et ne mesure pas les effets délétères de sa franchise brutale. Au quotidien, ces exigences sont déjà difficiles à atteindre, on imagine alors ce qu'elles pourraient devenir dans une relation troublée et polémique.

Qui ne cultive pas la révérence est voué à être ostracisé, subtilement ou ostensiblement. Il faut être intimidé par le pouvoir dont se créditent les médias, malgré la constance des sondages les plaçant au bas de l'échelle dans l'estime publique.

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Certes, le président de la République sera protégé des conséquences les plus catastrophiques de sa vision sans complaisance sur les médias par le fait que ceux-ci auront toujours besoin de lui. Ils viendront quémander ce que la rareté de la parole élyséenne leur offrira de manière trop chiche.

Emmanuel Macron déplore que "depuis quatre mois, dans un système totalement narcissique, on ne s'intéresse qu'à ses silences et à ses dires". Comme il lui sera impossible de demeurer, avec la même intensité, dans cette tension entre les médias dont il rêve et ceux qu'il affronte et qui le déçoivent - je regrette toujours la privatisation de l'intimité du couple aux bons soins de Mimi Marchand -, il restera à espérer que ses coups de boutoir seront bénéfiques et son réquisitoire courageux et lucide convaincant.

Et qu'il ne tombera pas, comme un kamikaze médiatique, au champ d'honneur.


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