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Procès Bonnemaison : la parole est à l’accusation

Chroniques judiciaires - Pascale Robert-Diard, 24/06/2014

Les débats sont désormais clos et dans ce procès qui a emmené si loin, porté si haut, l'heure du choix est venue. Mercredi 25 juin, la cour et les jurés ne diront pas s'il faut changer la loi Léonetti de … Continuer la lecture

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Les débats sont désormais clos et dans ce procès qui a emmené si loin, porté si haut, l'heure du choix est venue. Mercredi 25 juin, la cour et les jurés ne diront pas s'il faut changer la loi Léonetti de 2005. Ils ne se prononceront pas pour ou contre l'euthanasie ou le suicide assisté. Ils répondront à la question de savoir si, selon eux, Nicolas Bonnemaison est ou non coupable d'avoir "attenté à la vie" de sept de ses patients par "l'emploi ou l'administration de substances de nature à entraîner la mort" avec la circonstance aggravante qu'il s'agissait de "personnes particulièrement vulnérables en raison de leur était physique et mental".

Cette accusation, l'avocat général Marc Mariée va la soutenir. L'affaire Bonnemaison, il la suit depuis ces premiers jours du mois d'août 2011, où le parquet de Bayonne a été saisi d'un rapport émanant d'une cadre hospitalière qui dénonçait les agissements du médecin urgentiste. C'est lui qui, à l'époque, avait requis - sans être suivi par le juge d'instruction - le placement en détention de Nicolas Bonnemaison. Pendant deux semaines de débats, il a pleinement tenu sa place à l'audience et construit méthodiquement son réquisitoire. On l'a vu offensif, dur parfois, dans ses échanges avec l'accusé, qu'il allait chercher dans ses retranchements. Comme lors de cette audience où il a crûment décrit les effets du curare sur un patient. Ou de cet autre moment où il a placé Nicolas Bonnemaison face à ses contradictions lors de la mort accélérée de l'une de ses patientes, qu'il a quittée sans accompagner ses derniers moments après avoir procédé sur elle à une injection On l'a senti agacé devant les témoignages de certains médecins revendiquant à la barre avoir eux-aussi donné la mort à leurs patients. "Je découvre que la loi de la République s'arrête parfois à la porte des hôpitaux", avait-il observé. 

Mais on l'a vu aussi s'imprégner de l'audience et de toute la complexité qu'elle a apportée au dossier. Son regard sur l'accusé a changé. Parfois, il a semblé vaciller. Après les dépositions des médecins venus raconter à la barre leur confrontation quotidienne avec l'agonie des patients en fin de vie, il s'était interrogé à voix haute, comme s'il se parlait d'abord à lui-même. "Mais qu'est-ce qui conduit le médecin à être si seul face à des décisions si difficiles ?".

Terrible est la responsabilité qui lui incombe au moment de prononcer ses réquisitions. De sa place de ministère public, il lui revient de parler au nom d'une société qui, les débats l'ont montré, ne sait plus elle-même ce qu'elle doit penser.


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