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Eugène Le Couviour, 93 ans, la pudeur à la barre

Chroniques judiciaires - prdchroniques, 25/05/2012

Il a de l'allure Eugène Le Couviour. De la pudeur aussi, beaucoup de pudeur. Depuis l'agression qui a entraîné la mort de son épouse Anne-Marie, dans la nuit du 9 au 10 avril 2009, cet homme aujourd'hui âgé de 93 … Continuer la lecture

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Il a de l'allure Eugène Le Couviour. De la pudeur aussi, beaucoup de pudeur. Depuis l'agression qui a entraîné la mort de son épouse Anne-Marie, dans la nuit du 9 au 10 avril 2009, cet homme aujourd'hui âgé de 93 ans, vit une double peine. Il a perdu la femme qui partageait sa vie depuis trente-cinq ans et il subit la violence d'une enquête criminelle qui ouvre les tiroirs, fouille les existences, épluche les comptes, viole l'intimité, traque les secrets de famille.

A écouter les réponses tout en retenue qu'il a livrées, vendredi 25 mai, aux questions de la cour d'assises du Morbihan qui juge depuis quatre jours sa belle-fille, Josiane Le Couviour et trois hommes accusés de complicité de l'assassinat et de l'assassinat de son épouse, on mesurait l'épreuve que représentait, pour lui, cette exposition publique.

En ce mois d'avril 2009, Eugène et Anne-Marie Le Couviour venaient de rentrer dans leur propriété du Morbihan, après un séjour de deux semaines, comme chaque année à la même époque, dans leur résidence secondaire de Vence. Le vendredi 9 avril 2009, Eugène Le Couviour regardait sa femme qui allait et venait dans la maison pour ranger les emplettes qu'elle avait faites.

- Je lui ai dit que je la trouvais très en forme, agile.

Tous deux s'étaient félicités de la réussite de l'opération du genou qu'Anne-Marie Le Couviour avait subie peu de temps auparavant, puis ils avaient regardé un peu la télé, lu un moment, et avalé chacun un demi comprimé de Lexomil avant de se mettre au lit.

Juste avant de s'endormir, il lui avait glissé: "Nous sommes heureux. - Oui, nous sommes heureux", lui avait-elle répondu.

Une heure plus tard, deux hommes fracassaient la véranda avec une hache. Réveillée en sursaut, Anne-Marie s'était levée. La porte de leur chambre s'ouvrait violemment, deux hommes cagoulés entraient en criant "le coffre!, le coffre!", les saisissaient, et commençaient à leur lier les pieds et les mains avec du rouleau adhésif. Anne-Marie Le Couviour s'était débattue, avait proposé de leur donner son numéro de carte bleue, puis il ne l'avait plus entendue. Eugène Le Couviour est sûr d'avoir alors perçu la voix de l'un des hommes demandant: "Ça va, madame?".

Puis le silence était retombé. Le morceau de sparadrap qui lui bâillonnait la bouche s'était décollé, il était parvenu sans trop de difficulté à défaire ses liens et s'était approché de son épouse. Il l'avait trouvée couchée, face contre terre, mains liées dans le dos, la tête entièrement enserrée dans du ruban adhésif. Elle était morte, asphyxiée.

"Ma femme était pour moi une femme admirable. Nous avions beaucoup de respect et d'amour l'un pour l'autre. Certaines personnes présentes ici ont voulu que cette union soit démolie. Je ne suis plus que la moitié de ce que nous avons été. Et c'est pour cela que je ne pourrai jamais pardonner à ceux qui ont fait ça".

L'avocat des enfants nés du premier lit d'Anne-Marie Le Couviour, Me Philippe Billaud, se lève.

- Vous avez évoqué "certaines personnes présentes ici". Qui sont-elles?

Le vieil homme répond d'une voix sourde.

- Celles qui sont nommées dans ce procès, c'est tout. Ce n'est pas moi qui juge.

L'avocat évoque alors une déclaration de son fils, Jean-Jacques, le mari de l'accusée, qui avait affirmé pendant l'instruction qu'Eugène Le Couviour "soutenait Josiane Le Couviour de toute son énergie".

- Est-ce toujours le cas? lui demande-t-il.

Dans le prétoire, Josiane Le Couviour se tend comme un arc pour entendre la réponse que le patriarche souffle dans le micro.

- Jean-Jacques était catastrophé. C'est en qualité de père que j'ai dit cela, pour soulager sa peine. Un père peut dire cela à son fils.

Il n'en dit pas plus.

Eugène Le Couviour oppose la même réserve pudique aux questions du président sur les relations qu'entretenaient son épouse et sa belle-fille, que de nombreux témoins rapportent comme exécrables.

- J'avais l'impression qu'il y avait de bonnes relations. Je n'ai appris qu'après qu'il y avait des problèmes entre elles.

Il faut insister un peu pour qu'il évoque un incident qui avait opposé Anne-Marie Le Couviour à sa belle-fille, au sujet de propos particulièrement vifs que celle-ci aurait tenus sur sa belle-mère accusée de "dilapider" la fortune familiale.

- Ma femme m'en avait fait part. Elle avait appelé Josiane en lui disant que si elle continuait, elle porterait plainte. Mon fils Jean-Jacques m'avait ensuite téléphoné à ce propos. Je l'avais rabroué en lui disant de s'occuper de ses affaires.

- Comment étaient les relations entre votre belle-fille et vous-même?

- Elles étaient ce qu'elles doivent être en famille.

- Et avec vos fils?

- Un jour, lors d'un repas [en 2006], ils m'ont demandé ce que j'avais envisagé pour l'avenir et je leur ai dit que j'avais fait un testament, c'est tout. A partir de là, il y a eu un froid.

Il parle avec beaucoup plus d'affection de sa fille Catherine. Celle-ci, qui s'entendait très bien avec sa belle-mère, avait décidé de se tenir à l'écart des questions de succession qui semblent avoir tant occupé ses frères. Ils lui avaient d'ailleurs reproché, dans une lettre versée au dossier, de "ne pas choisir son camp".

- Aviez-vous l'intention de privilégier dans votre succession une partie plutôt qu'une autre?

- Non.

Josiane Le Couviour lance un regard furtif à son mari, Jean-Jacques, assis juste derrière elle.

- Il a été dit que votre femme dilapidait votre fortune pour privilégier ses enfants...

La voix tonne.

- C'est faux!

- Vous aviez rédigé un testament. Où se trouvait-il?

- Chez le notaire.

- Aviez-vous un coffre chez vous?

- Il n'y a jamais eu de coffre chez moi.

Josiane Le Couviour demande alors à prendre la parole.

- Je voudrais dire à Papy que je regrette et que j'ai beaucoup de chagrin. Je vous demande pardon. Je n'ai pas voulu la mort d'Annette.

- Je n'ai jamais pensé cela... lui répond le patriarche avant de quitter la salle, courbé en deux sur sa canne. Ses deux fils, Jean-Jacques et Philippe gardent la tête baissée tandis qu'il s'éloigne.

Un peu plus tard, ils entendront un vieil ami de leur père, expliquer à la barre qu'Eugène Le Couviour s'était ouvert auprès de lui des difficultés liées à sa succession. "Il voulait assurer un patrimoine à son épouse et avait finalement fixé à 30% la part d'Annette. Il ne comprenait pas l'attitude de ses enfants. Il leur avait déjà cédé dans les années 80 les actions de sa société en trois parts égales. Il ne comprenait pas qu'ils lui réclament encore quelque chose".

Poursuite des débats mardi 29 mai.

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